10.12.12

La tradition des grotesques




1. Catherine Auguste, Grotesque, Meuble Peint, Nîmes, 2012

" Les grotesques sont une catégorie de peinture libre et cocasse inventée dans l'Antiquité pour orner des surfaces murales où seules des formes en suspension dans l'air pouvaient trouver place. Les artistes y représentaient des difformités monstrueuses créées du caprice de la nature ou de la fantaisie extravagante d'artiste : ils inventaient ces formes en dehors de toute règle, suspendaient à un fil très fin un poids qu'il ne pouvait supporter, transformaient les pattes d'un cheval en feuillage, les jambes d'un homme en pattes de grue et peignaient ainsi une foule d'espiègleries et d'extravagances. Celui qui avait l'imagination la plus folle passait pour le plus doué. "

Giorgio Vasari, "Introduction technique", De la peinture (c. 1550), chapitre XIV

Des grottesques aux grotesques

Vasari nous propose ici une définition des grottesques directement inspirée du texte de Vitruve (De Architectura) écrit seize siècles plus tôt. Car en effet, les grottesques sont une tradition artistique remontant à l'Antiquité romaine. L'Italie sera le point de départ de cette "renaissance" avec la découverte de décors antiques dans les sous-sols de la Domus Aurea, palais somptueux de l'empereur Néron à Rome.

Nous sommes à la fin du XVe siècle, époque où le goût pour l'Antiquité s'est largement aiguisé : les fouilles archéologiques se multiplient, les artistes recopient les stucs et les sculptures exhumés.

La Domus Aurea est miraculeusement préservée car elle avait été enfouie rapidement sous les thermes de Trajan au IIe siècle. Le déblaiement est progressif car volumineux. Les voûtes, puis les murs et enfin les décors audacieux se révélent peu à peu à la lueur des torches. Les visiteurs se croient à l'intérieur de grottes d'où le mot "grottesques" pour désigner ces décors fantasques. Ce terme s'impose au fil du temps avec une modification orthographique d'importance, liée à l'évolution stylistique au cours du XVIe siècle : "grottesque" va perdre un "t" et devenir "grotesque".

Un contexte favorable à cette " renaissance " à la fin du XVe siècle

Une conjonction de circonstances permet l'entrée en scène et surtout la large diffusion de la grottesque dans tous les domaines de l'art :

Le retour à Rome au XVe siècle des papes exilés en Avignon. Ils se trouvent confrontés à une ville ruinée, démunie de tout prestige artistique et indigne de la première ville chrétienne. Davantage intéressée par l'art et l'archéologie que par les questions religieuses (nombre de papes et de cardinaux qui se sont succédés venaient de grandes familles où l'esprit humaniste régnait), la cour pontificale commandite les artistes les plus illustres : Le Pérugin, Ghirlandaio, Signorelli, Botticelli, peu après Giovanni da Udine et Raphaël. Tous travaillent déjà dans les cours de Milan, Padoue, Florence, Pise ou Ferrare, véritables centres créatifs et humanistes.

L'omniprésence des vestiges antiques à Rome plus que partout ailleurs imprégne profondément la sensibilité et entraîne sans doute l'émergence d'une unité ornementale. Déjà le sculpteur Donatello ou le peintre génial Mantegna étaient dotés d'une véritable formation d'archéologue. C'était dans l'air du temps. On a d'ailleurs trouvé des graffiti-signatures sur les murs de la Domus Aurea de Ghirlandaio, de Fillipino Lippi, de Pinturicchio… montrant ainsi leur intérêt pour ce style ornemental qu'ils ont copié, interprété et largement diffusé.

Le développement de l'estampe et de la gravure aide la propagation rapide des motifs à grottesque copiés ou réinventés. Au tout début du XVIe siècle la documentation est déjà abondante. On l'utilise pour le report des motifs dans la peinture murale, la tapisserie, l'orfèvrerie… La plupart des graveurs italiens ont fréquenté l'illustre Mantegna ou subit l'influence de Dürer. En France, à la moitié du XVIe siècle, Jacques Androuet du Cerceau émerge de l'anonymat grâce à François Ier laissant des recueils de planches d'inspiration italienne et flamande.

L'Europe du XVe siècle, en " crise existentielle ", penche tantôt vers des idées d'humanisme tantôt vers un mysticisme exacerbé ; la quête d'une modernité pointait. Dans cette période si contradictoire, les artistes répondent à de nouveaux commanditaires enrichis par l'expansion commerciale et désireux de luxe. Les grottesques dénués d'allusion religieuse et porteur d'une totale nouveauté répondent à cette volonté de modernité et de nouvelle aventure.

Evolution stylistique, la grottesque perd un " t "

Des grottes de la Domus Aurea, on adopte le terme affectif de " grottesque " pour qualifier un genre ornemental tout entier redécouvert. Au cours du XVIe siècle le glissement stylistique des décors transforme l'orthographe en grotesque le chargeant ainsi du sens de comique, ridicule voire insupportable. La force du grotesque est de pouvoir englober toutes les formes imaginatives de l'ornement passant ainsi des fantaisies d'un Pinturicchio aux charmes légers d'un Raphaël ou à la folie des structures molles d'un Cornelis Floris d'Anvers. Les influences Nord-Sud sont incessantes par le biais des gravures et du voyage des artistes conduisant ainsi à une constante surenchère créative. Les ressources sont donc multiples :

• bizarreries, drôleries ou monstres largement présents dans les manuscrits de l'Europe du Nord du XIVe siècle,

• rinceaux habités, longues tiges d'acanthe ou de vigne à l'enroulement infini où fourmille toute une faune à échelle variable,

• singeries et chinoiseries du XVIIe siècle qui marquent le passage à l'arabesque

Mais deux lois fondamentales, clairement définies par André Chastel, nous permettent de toujours les reconnaître :

• la négation de l'espace, il s'agit d'un monde sans poids, sans épaisseur articulé selon un mélange de rigueur et d'inconsistance ; une architecture de la suspension et du vertige,

• et le démon du rire fondé sur le jeu et la combinaison de formes hybrides mi-végétales, mi-animales ou mi-humaines qui surgissent dans un foisonnement vivant. Ce sont des formes de la pure imagination où la fantaisie peut aussi se transformer en folie.

Quelques peintres

Luca Signorelli (1445-1523), héritier de Piero della Francesca, chapelle Saint-Brice à la cathédrale d'Orvieto en 1499-1504

Filippino Lippi (1457-1504), chapelle Carafa de l'Eglise de la Minerve de Rome en 1486-1493 pour les candélabres des pilastres de soubassement, chapelle Strozzi à Santa Maria Novella de Florence

Bernardino Pinturichio (1454-1513), appartements Borgia au Vatican à Rome, bibliothèque Piccolomini à la cathédrale de Sienne, l'un des premiers à pratiquer le décor à grottesque

Raphaël (1483-1520), élève du Pérugin, architecte en chef et surintend ant des édifices à la cour pontificale, Villa Madame, Loges du Vatican à Rome ; un des représentants de la grottesque de style " néronien "

Giovanni da Udine (1487-1561), collaborateur de Raphaël pour les Loges du Vatican à Rome et de Jules Romain à Mantoue

Le Primatice (1504-1570), installé en France, élève de Jules Romain, dirige le chantier du château de Fontainebleau après la mort du Rosso

Quelques graveurs

Nicoletto da Modena et Giovantonio da Brescia, nombreuses planches de grottesques vers 1500-1515 qui permettront la diffusion par la gravure

Veneziano (Agostino Musi) un des graveurs les plus actifs du début XVIe siècle, influencé par Dürer, il publie des gravures à grottesques proches de celles de Giovanni da Udine dans les Loges vaticanes

Jacques Androuet du Cerceau (1510-après 1584), graveur français qui a une grande influence par ses publications gravées : le recueil des Grandes Grotesques en 1562 présente des planches décoratives pleines de fantaisies et baroquisantes

Illustrations
Luca Signorelli, Chapelle Saint Brice, cathédrale d’Orvieto, 1499-1504
Bernardino Pinturichio (1454-1513), chapelle Rovere, Santa Maria del Popolo, Rome, vers 1509
Veneziano, Rinceau habité, gravure réalisée d’après un modèle d’antique, Rome, 1536
Jacques Androuet du Cerceau, décor vertical où se mélangent des créatures fantastiques, des masques et des êtres hybrides, 1550
Cornelis Van Bos, Pays-Bas, 1550, détail d'un cortège parodique : l'impuissance à progresser et la dérision les fêtes de rue. C'est le monde du songe et des chimères. Les oiseaux des graveurs flamands sont souvent irréels à la différence de Raphaël qui les traite de façon naturaliste dans les Loges du Vatican.



2. Franz Fenris, Les Grotesques, Meuble Peint, Canouville, 2012

Il est des personnages étranges dont les membres feuillagés font volutes. D’autres reposent sur des jambes caprines ou serpentiformes. Leur buste humain soutient une tête canéphore, souvent jeune. Un oiseau, parfois en vol, tire sur un ruban duquel pend une somptueuse guirlande de fruits. Ici une Victoire. Au bout enroulé de son aile se suspend la quenouille vrillée d’un nuage de fumée qu’un vase antique laisse échapper. Là un satyre. Quelques serpents, chiens, chèvres. Plus bas des enfants joufflus jouent. Ceux-ci ignorent, au dessus d’eux, l’énorme tête grimaçante qui n’a pour corps que les bouillonnements d’une barbe furieuse, végétale. Plus loin, un portique aux colonnes filiformes encadre une scène mythologique. Un petit dragon, ou un astrolabe, complètent le tableau.
Un monde sans profondeur ni perspective, où, bien souvent, tout est relié par un fil, un bout de ruban, la crosse d’une tige végétale.
Tel est l’univers dans lequel nous nous proposons de plonger, et de montrer qu’en dépit d’une apparente incohérence, ces décors obéissent à des règles et appartiennent à l’époque qui les a réinventés.

Historiquement, ces décors que l’on nomme « les grotesques » prennent leur origine dans les fantaisies peintes dont la Rome antique avait couvert les murs et les plafonds de ses palais. Après plus de mille ans d’oubli, stimulée par le renouveau des valeurs formelles classiques qui caractérise la Renaissance, l’Italie du quinzième siècle retrouve son passé et multiplie les recherches archéologiques. Ce type de décor nouveau présente une certaine longévité. Au Moyen Age, il se trouve confondu dans une mare magnum d’interférences et n’a pas encore pris son existence propre. Le XVIe siècle constitue son âge d’or par l’ampleur spectaculaire qu’il prend dans les décors peints des palais. L’ère baroque en fait la critique mais lui maintient toute sa vigueur. Il connaît plus de légèreté à l’époque Rococo qui en fait des « arabesques » par orientalisation ; et le néoclassicisme en refait une mode qu’une certaine officialisation finit par épuiser au XIXe siècle. Nous ne considérons ici que la période Renaissance.

Décor antique

Le vocabulaire qui, pour part, caractérise les décors de grotesques, existait donc déjà sous l’antiquité. La décoration romaine du second style (100-20 av. JC) présentait par exemple déjà des coupes de fruits, des masques, et des perspectives architecturales s’ouvrant rythmiquement sur d’autres édifices ou sur des paysages. Déjà l’on trouvait peintes sur les murs des palais des créatures hybrides anthropomorphes (sirènes, satyres, centaures) ou zoomorphes (chevaux ailés, griffons). L’abondance des hybridations illustrait déjà un imaginaire de la transformation (Ovide compose ses Métamorphoses avant l’an 8 ap. JC). Les candélabres remplaçaient peu à peu les colonnes.
A Herculanum, l’on trouvait des architectures filiformes, des trompe-l’œil et un aplatissement des volumes dans lesquels l’audace des inventions s’est accentuée jusqu’à l’apogée du 4ème style (de 41 à 79 ap. JC). Déjà, ces décors étaient soumis à la critique. Quoique la morale antique (Aristote, Empédocle) acceptât la copie de la nature, Vitruve comme Horace jugeaient les fantaisies des décors des palais romains comme étant le reflet de la corruption des princes et voyaient dans ces peintures le résultat des songes délirants d’hommes malades. Platon condamnait tout simplement toute représentation.

Quattrocento

Au quinzième siècle, le renouveau de l’art classique en Italie, qui définit pour part la Renaissance, s’exerce au départ peu par la peinture, rare, ou seulement par des descriptions littéraires d’auteurs anciens. Le répertoire de la sculpture décorative (essentiellement des bas reliefs) est par contre abondant (sarcophages, arcs de triomphe, portes et théâtres), et génère des décors, souvent en grisaille, cantonnés aux éléments d’encadrement de tableaux et de fresques, avec une préférence pour les éléments verticaux (piliers, lésènes, pilastres) que l’on couvre de rinceaux, candélabres, guirlandes et trophées militaires (Pinturicchio, Mantegna). L’influence romaine intègre encore une part de fantastique médiéval, qu’elle mêle aux dauphins, satyres, et harpies classiques. La naissance du décor de grotesques est par ailleurs alimentée par la tradition de l’art des marginalia, lettres et marges ornées des manuscrits médiévaux, où grouille toute une faune monstrueuse.

Structurellement, la prolifération des grotesques se réalise sur deux axes : l’axe vertical par les empilements de la construction en candélabre ; l’axe horizontal par les volutes et les contre volutes des suites de rinceaux habités.

L’engouement pour le décor à l’antique est lent, progressif, et se trouve alimenté à la fin du siècle par la découverte fortuite d’un corpus nouveau. Alors que toute l’Italie, et notamment Rome, est à la recherche de ses vestiges, un promeneur, vers 1480, est tombé dans un trou, non loin du Forum. On inspecte la cavité et découvre, à lueur d’une torche, des peintures. On ignore alors qu’il s’agit là d’un palais néronien somptueux, la Domus aurea, dont les salles avaient été comblées, plutôt que détruites, lors de la construction des thermes par Trajan, au début du deuxième siècle de notre ère. Un oubli de presque quatorze siècles et la privation de lumière en ont préservé intacte la décoration peinte.
Le déblaiement des salles immenses dure environ 25 ans et, à mesure que progresse l’excavation, laissant voir d’abord les voûtes, puis les parois, les artistes du temps contemplent, fascinés, et dessinent à la lumière des torches, ces décors dont la légèreté et la fantaisie répond bien au goût du moment.
Qu’y voient-ils ? Des agencements de paons, d’hippocampes, de griffons et autres êtres hybrides, de frises de rinceaux, fins candélabres, tableautins et scènes mythologiques, de caissons et différents cadres. Des enchaînements disparates qu’ils pensent être des hiéroglyphes et tentent d’interpréter. Mais surtout, une spontanéité du geste peint, une légèreté du détail, un usage nouveau du fond de couleur. Il ne s’agit pour eux alors que de grottes, lugubres et étranges, dans lesquelles ils viennent pique-niquer de vin et de pommes, et ils nomment eux mêmes « grottesques » les compositions qu’ils en tirent au service de la décoration des palais que les puissants leur commandent.

Ces artistes sont Pérugin, Pinturicchio, Luca Signorelli, Sodoma, Filippino Lippi, qui, peu à peu, font sortir les éléments antiques des bandes d’encadrement pour constituer des décors pour des surfaces plus vastes comme les pendentifs et voûtains, sur fonds or, rouges, bleus ou noirs.

Affirmation d'un nouveau style

Si cette découverte archéologique majeure influence graduellement les productions peintes de la fin du quattrocento, un tournant stylistique flagrant semble s’opérer autour de l’atelier de Raphaël. Après leur exil en Avignon, le retour des papes dans la ville éternelle au XVe siècle fait de Rome, alors dénuée des fastes que sa position de première ville de la Chrétienté réclame, le terrain de toutes les commandes. Afin d’élever Rome au rang qu’elle mérite, le pape s’entoure des meilleurs artistes, dont Raphaël. L’acceptation des nouveaux décors « à l’antique » par les commanditaires contribue certainement à la consécration officielle des grotesques. Or, l’enthousiasme des artistes travaillant au Vatican auprès de Raphaël (notamment Giulio Romano, Giovanni da Udine, puis Perino del Vaga) conduit à la création de décors pour le Cardinal Bibbiena, ou pour les loges du Vatican totalement inspirés par la nouvelle découverte archéologique.

Dans la Loggetta du Cardinal Bibbiena, Giovanni da Udine ajoute au répertoire néronien des notations naturalistes (chèvres, poissons, oiseaux…). Avec les Loges du Vatican, la circonscription des décors par des cadres permet leur contrôle, s’oppose à l’anarchie que leur fantaisie ferait craindre et donc les rend compatibles avec les préceptes religieux, quoique l’Eglise en ait toujours critiqué l’étrangeté. L’imaginaire de la Renaissance obéit aux règles précises d’une logique apparente (rythmes de cadres) et n’utilise qu’une petite partie de tout le merveilleux médiéval des marginalia des manuscrits et des décors de cathédrales. On passe du monstrueux menaçant à l’hybride quasiment familier.
Avec Raphaël, les dissonances sont harmonisées, les excès tempérés, et commence une diffusion à grande échelle. L’usage des grotesques chez soi devient signe de distinction et de culture. Le XVIe siècle devient le siècle des grotesques par antonomase. Le sac de Rome en 1527 par les troupes de Charles Quint disperse les artistes et contribue à répandre les nouveaux décors. Giulio Romano à Mantoue, Perino del Vaga à Gènes, multiplient les inventions. Encore à Rome, ils dessinent déjà tous deux à l’attention de tous les artisans des arts décoratifs. Il faut alors souligner le rôle de diffusion des graveurs (Marcantonio Raimondi travaille aussi auprès de Raphaël entre 1510 et 1520), et notamment les graveurs des années 30 (Agostino Musi dit Veneziano et Enea Vico). Des murs des palais, les grotesques envahissent tapisserie, céramique, arts du métal, et tous les objets présentant une surface à décorer.

Maturation

La seconde moitié du cinquecento est le lieu de la production de décors extrêmement aboutis ayant contribué à la création d’un style fort que les réflexions morales, comme nous le verrons plus loin, sont venues toujours étayer ou discuter. Ici et là, l’usage systématique des grotesques sur fond blanc recule parfois pour l’usage, dans les salles de représentation, de la polychromie, du stuc, ou de scènes narratives, que celles-ci soient allégoriques, historiques ou mythologiques, voire même de paysages. Elles prennent alors toute leur importance dans les vestibules appelés « atriums », dans les cabinets de travail, sur les corniches, où s’épanouissent virtuosité, rapidité d’exécution et inventions architecturales de plus en plus délirantes.

Codification

S’il est impossible d’interpréter à la lettre les compositions de grotesques comme des hiéroglyphes ou des rébus, l’âge d’or qu’elles connaissent à la Renaissance s’accompagne d’un désir de sémantisation et de rapprochement avec d’autres langages symboliques.

On y mêle volontiers des signes connus dans un but panégyrique et allégorique : emblèmes familiaux ou héraldiques comme les boules des Médicis ou la tiare et les clés papales ; références métaphoriques comme une flèche atteignant sa cible ou le lys de la Vérité pour illustrer les qualités personnelles d’un commanditaire ; caractères hiéroglyphiques et références à l’alchimie, comme au plafond de la bibliothèque de l’abbaye de San Giovanni Evangelista de Parme, dans un essai de représentation symbolique de l’ensemble des connaissances du moment ; enfin utilisation des fables d’Esope qui permettent d’insérer un sous-contenu moralisant au sein de l’apparente désorganisation du vocabulaire néronien, comme pour en racheter l’emploi.

La quête de sens prend aussi d’autres visages. Ainsi la réunion de divers objets autour d’un même thème qu’incite la mode du collectionnisme attachée à celle des Wunderkammern (comme aux plafonds peints des corridors de la galerie des Offices), cultive les détails naturalistes, et accumule objets domestiques et archéologiques.
Des éléments du décor font parfois référence au contenu (Offices) ou à l’usage des pièces (Villa Caprarola).
Et si le mot « grotesque », comme adjectif, ne prend son sens péjoratif de ridicule, outré, qu’au XVIIe siècle, le grotesque y est rare, quoiqu’on admette le cocasse, s’il est au service de la truculence. On a par contre souvent établi un lien entre les grotesques et la littérature burlesque de l’époque, notamment avec le genre poétique macaronique.

Nous avons mentionné plus haut la réserve que l’Eglise manifestait envers les grotesques. On les lie d’abord au côté caverneux et lugubre de ce que l’on croyait encore être des grottes lors des fouilles de la Domus aurea. On leur attribue ensuite la mauvaise réputation attachée aux extravagances décadentes de Néron.
A la suite des moralisateurs antiques, l’imagination débridée dont elles témoignent est perçue par la critique post-tridentine comme improbable, mensongère, donc fausse et immorale, sans compter leur paganisme évident. Il a fallu les talents d’un Antonio Francesco Doni pour les défendre en soutenant qu’elles ne sont qu’à la limite du réel, comme des formes bizarres de la nature, exceptionnelles mais possibles. La codification morale se fait alibi. On invente des règles d’association morphologique pour la construction des hybrides. Ces règles, exprimées par Francisco de Hollanda (1540), puis reprises par Paolo Lomazzo (1584), expliquent qu’une certaine vraisemblance s’impose et l’on bannit le monstrueux hors nature et le démoniaque. L’on avance encore que les grotesques répondent au principe même du maniérisme, par lequel l’art n’est pas uniquement imitation mais artifice, donc licence, que l’intellect doit corriger en une création raffinée et sage, à mi-chemin entre réel et imaginaire. Pirro Ligorio (1570) discute de l’utilité et du danger d’apporter sens à un décor. Le siècle joue ainsi de constants allers et retours entre les interdits des tenants rigides de la Contre-réforme et la liberté des peintres dont la fantaisie s’accroît dès lors que la possibilité leur est offerte.

Il faut enfin dire un mot des règles de construction du décor de grotesques mises au jour par Philippe Morel (1998), et qu’il nomme les « figures du paradoxe ». L’auteur souligne, en plus de l’utilisation aberrante des lois de la pesanteur et de l’équilibre, une certaine accentuation de contrastes dynamiques : rapports de forces disproportionnés, tiraillements de forces contraires. Il décrit encore des relations dynamiques entre des êtres pétrifiés et des statues vivantes, notamment à Torrechiara.

Mutations

L’Italie n’est bien sûr pas le seul théâtre de ces inventions. Un va et vient incessant entre nord et sud s’opère. France, Allemagne et Pays-Bas participent au jeu. L’Italie influence les pays du nord et ceux-ci, en retour, après avoir donné au nouveau style son expression locale, enrichissent les compositions italiennes. En France, Rosso Fiorentino et Francesco Primaticcio traduisent à Fontainebleau le nouveau style en trois dimensions en accordant une place majeure au jeu de bandes ajourées et parfois enroulées que l’on nommera « cuirs découpés ». Cette production locale originale ré-influencera le sud, dont elle a conservé tout le vocabulaire des ignudi, putti, faunes, mascarons, vases, termes, canéphores et encarpes. Jacques Androuet du Cerceau commet deux recueils de grotesques (en 1550 et 1562) et diffuse le genre italien. René Boyvin et Léonard Thiry apportent un accent angulaire très français. Etienne Delaune grave pour les arts du métal.

A Nuremberg, Peter Flötner, entre autres, apporte une note plus nordique. Les pays germaniques associent rapidement les grotesques aux mauresques. En Flandres l’on réalise les tapisseries d’après les dessins de Raphaël ou de Perino del Vaga. En Hollande, Cornelis Floris réalise une fusion synthétique entre les cuirs découpés de Fontainebleau et les édicules et prosceniums des architectures néroniennes. Cornelis Bos, crée des triomphes dans un esprit carnavalesque, dans lesquels les cuirs se transforment en lames de métal d’allure molle… on est alors très loin de Raphaël. Les Pays-Bas sont aussi le lieu d’une expression unique qui donne aux grotesques un visage d’une inquiétante organicité.

Illustrations
Masséot Abaquesne, gourde à décor de grotesques, faïence, Musée de la Céramique, Sèvres
Vitrail à décor de grotesques, grisaille et jaune d’argent, Musée National de la Renaissance, Château d’Ecouen
Constructions symétriques en candélabre où Victoires affrontées reposent sur des volutes, Maison de Livie sur le Palatin, Rome
Pietro Vannucci dit Pérugin, voûte de la salle des Audiences, Collegio del Cambio Pérouse, vers 1500
Luca Signorelli, 1499-1504, registre inférieur des parois de la chapelle San Brizio, cathédrale d’Orvieto
Raphaël et son atelier, détail d’un pilastre, les Loges, Palais du Vatican, 1517-19
Agostino Musi dit Veneziano, gravure tirée d’un recueil de grotesques, vers 1520
Palazzo Vecchio, Florence
Alternance des fonds blancs et rouge foncé, avec insertion de scènes narratives
une voûte du Palazzo della Corgna, Castiglione del lago
Villa Médicis, studiolo du cardinal Ferdinand de Médicis décoré par Jacopo Zucchi de fresques représentant des allégories des saisons et plusieurs fables d'Ésope
Villa Caprarola, Viterbe Sale di Giove vers 1575
Torrechiara, salon des Acrobates par Cesare Baglione, 1580-84, Castello Sforza di Santa Fiora
Décor dans la cuisine du palazzo Vitelli à Sant’Egidio, Città des Castello, Pérouse, par Giovanni Antonio Paganino
Cornelis Bos, Triomphe, détail de gravure, vers 1550
Jacques Floris, Pays-Bas, détail de gravure, XVIe siècle


Bibliographie

André Chastel, La Grottesque, Paris : Edition Le Promeneur, 1988

Philippe Morel, Les Grotesques, les figures de l'imaginaire dans la peinture italienne de la fin de la Renaissance, Paris : Edition Flammarion, Collection Champs, 2001. Le mot grotesque devient au XVIIe siècle un qualificatif essentiellement négatif, synonyme de bizarre, de ridicule ou d'extravagant. Mais il fut d'abord employé dès le début du siècle précédent pour désigner des peintures murales largement inspirées des fresques et des reliefs antiques, auxquels s'ajoutaient parfois des réminiscences des marginalia gothiques. Ce genre décoratif connut un immense succès tout au long du XVIe siècle, d'abord en Italie, puis un peu partout en Europe, en s'étendant à la sculpture, à la gravure et à bien d'autres techniques.
Partant de motifs et de schémas essentiellement antiquisants, le langage des grotesques s'est progressivement détaché de cette référence figurative en s'inspirant de diverses matrices culturelles contemporaines. C'est donc l'analyse de ces voisinages déterminants et de ces relations constitutives qui permet de rendre compte du fonctionnement multiple de ce langage apparemment incohérent, et d'en dégager la spécificité historique et la densité culturelle : le rapport à la tradition hiéroglyphique, au collectionnisme éclectique et à l'esthétique de l'abondance, la littérature burlesque, la logique épistémique des hybrides ou la construction rhétorique et paradoxale des compositions apportent autant d'éclairages décisifs sur les nombreux décors pris en considération.

Alessandra Zamperini, Les Grotesques, Editions Citadelles et Mazenod, 2007. Vasari définit les grotesques comme un genre de peintures libres et cocasses, inventé dans l'Antiquité pour orner les surfaces murales. Il a pour principaux motifs des rinceaux végétaux, des candélabres, des figure humaines, mythologiques, animales ou hybrides - insolites ou fantastiques - disposés sans aucune logique apparente, narrative ou spatiale. Après la découverte de la Domus Aurea, en 1480, les grotesques connurent un extraordinaire succès, consacré par leur emploi dans les Loges du Vatican, décorées vers 1518 par Raphaël et son atelier. Elles devinrent une composante essentielle de la décoration des monuments profanes et religieux, envahissant, par exemple, le palazzo Grassi et le musée Correr à Venise, la Farnésine à Rome, le palais Caprarola, le palais Giulio Gonzaga à Mantoue, les Offices à Florence, le monastère de Monte Oliveto Maggiore près de Sienne, etc. La France fut l'un des pays les plus sensibles à l'influence des grotesques. François Ier, entre autres, fit décorer sa galerie à Fontainebleau en 1531. Pour la première lois, un ouvrage richement illustré donne un aperçu de toutes les tendances de ce genre pictural original.

Site Français du Meuble Peint

9.12.12

Maniérisme : rébellion mélancolique


T. Gheeraert, Fantaisies singulières, Melancholia, Rouen, 2009-2011, 2.1.2

Les maniéristes, pour se démarquer des maîtres, et pour exister malgré les grandes ombres qui les écrasent, cultivent l’originalité [...] et la fantaisie jusqu’à la bizarrerie. C’est ce goût de l’insolite qui les pousse à retrouver le secret [...] des grotesques.

Vasari : Motif Grotesque
fresco, détail
Palazzo Vecchio, Florence
Le culte du "moi". Pour compenser ce sentiment d’écrasement qu’ils éprouvent face aux maîtres, les représentants de la maniera moderna seront agressivement individualistes, indisciplinés, personnels jusqu’à l’exubérance, géniaux et excentriques, tout en disposant d’un savoir-faire technique acquis auprès de quelques-uns des plus grands maîtres de tous les temps ; ils cultivent la singularité créatrice jusqu’à l’insolite et l’étrange, précisément pour mieux s’opposer à ces figures paternelles accablantes qu’étaient Vinci ou Raphaël. Maniera est dérivé du mot main : ce qui compte ici, c’est non pas la qualité de l’objet imité, mais la virtuosité singulière de l’artiste, l’expressivité, la subjectivité, le style propre à chaque peintre ou sculpteur.

Le règne des "grotesques". L’un des espaces de création où cette fantaisie imaginative débridée pourra se donner libre cours, c’est celui de l’art grotesque. Le mot "grottesques", qui portait alors deux "t", apparaît à la fin du XVe siècle : il fait suite à la redécouverte, à Rome, vers 1480, des ruines enterrées de la Domus Aurea (d’où le mot "grottesque", par référence aux grottes). Raphaël, Michel-Ange, plus tard Filippino Lippi descendirent, torche en main, dans ces salles souterraines. Sur les murs subsistaient encore les traces d’une décoration picturale insolite : feuillages, monstres fantastiques hybrides, animaux étranges apparaissent peu à peu, au fur et à mesure du déblaiement.

La redécouverte des ces oeuvres causa un grand retentissement sur cette génération d’artistes : les humanistes, grâce au témoignage de Vitruve, connaissaient l’existence de ces décorations, mais aucune n’avait encore été mise au jour. Ces fresques confrontaient les peintres à un art indubitablement antique, mais aussi éloigné que possible des valeurs associées jusque là à l’Antiquité : la noblesse, à la régularité harmonieuse, le cédaient ici au caprice et au libre jeu de l’imaginaire. Giorgio Vasari, démarquant le texte de Vitruve, définit ainsi les grotesques antiques. [1]

Satyre et chimère. Uffizi, Florence

"Les grotesques sont une catégorie de peinture libre et cocasse inventée dans l’Antiquité pour orner des surfaces murales où seules des formes en suspension dans l’air pouvaient trouver place. Les artistes y représentaient des difformités monstrueuses créées du caprice de la nature ou de la fantaisie extravagante d’artiste : ils inventaient ces formes en dehors de toute règle, suspendaient à un fil très fin un poids qu’il ne pouvait supporter, transformaient les pattes d’un cheval en feuillage, les jambes d’un homme en pattes de grue et peignaient ainsi une foule d’espiègleries et d’extravagances. Celui qui avait l’imagination la plus folle passait pour le plus doué."

Vasari : Grotesque
fresco
Uffizi, Florence

Les réticences classicisantes de Vitruve [2] et d’Horace [3], maîtres et théoriciens du classicisme antique, face aux fantaisies décoratives de leur temps, ne gênaient pas les maniéristes : bien au contraire, ils virent dans les grotesques déjà décriés par les bien-pensants de l’Antiquité, l’occasion d’éviter les routines de l’académisme. Ils trouvaient de plus dans cet art débridé un écho de leur imagination elle-même fantasque, et une source d’inspiration propre à un renouvellement des formes : on pouvait imiter les Anciens sans se cantonner à appliquer les canons de Vitruve ; les grotesques, qui avaient pour elles la caution de la latinité, autorisait le déploiement de toutes les arabesques d’un imaginaire proliférant. Comme l’écrit André Chastel dans son essai sur les grotesques :

"Sous le couvert de l’antique, on tient là un principe de style exactement inverse de ce qu’exige et fonde au même moment l’ordre classique." [4]

Les maniéristes se prévaudront d’autant plus volontiers de cet héritage ancien qu’on ne pourra pas leur reprocher d’infidélité vis-à-vis du siècle d’Auguste, ou tout au moins celui de Néron. Aussi les décors « à la grotesque », rapidement reproduits et diffusés par la gravure, ne tarderont pas à se répandre, tout au long du XVIe siècle. D’innombrables murs, voûtes et plafonds seront décorés à la manière des fresques de la maison dorée. Animaux grimaçants et masques difformes envahissent alors les palais italiens, en particulier après le sac de Rome (1527) et pendant la trentaine d’années qui suivit cet événément [5].

Francesco Salviati

On peut déduire des reproductions [...] les traits anti-classiques des grotesques qui surent séduire les maniéristes en quête de voies originales et iconoclastes :
• Absence de perspective au profit d’un espace plan en deux dimensions, dépourvu donc de profondeur
• Saturation de l’espace par une accumulation de motifs décoratifs non-fonctionnels (feuilles d’acanthe ou de vigne qui s’enroulent à l’infini)
• Hybridité, prolifération des monstres, fusion des espèces (en contradiction avec les préceptes horatiens), mélange des règnes animal et végétal, triomphe de l’indifférenciation sur les processus de distinction. Les grotesques sont du côté du chaos et non de l’ordre, ou du moins célèbrent la puissance créatrice sans limite d’une natura naturans débridée et incontrôlable, foisonnante et comique. Le ridicule, la parodie l’emportera d’ailleurs peu à peu, alors que le terme de "grotesque" en vient à supplanter, au cours du XVIe siècle, celui de "grottesque" : c’est le moment où le terme deviendra synonyme de bizarre et étrange.
• Refus de la narration, alors qu’Alberti avait insisté sur l’importance de l’istoria
• Refus de la composition, l’une des parties de la rhétorique classique : l’oeuvre est diffractée en unités séparées et fragmentées (ainsi sur les plafonds compartimentés en carrés ou rectangles). La discontinuité, la dispersion et la désarticulation s’opposent aux beaux ordonnancements illustrés par les maîtres du Quattrocento
• Refus de la raison, basculement dans le rêve
• Sensualité souvent exacerbée et anomalique
• Privilège accordé à la grâce raffinée des parties au détriment de l’équilibre du tout

Marco da Faenza

Avec les grotesques, l’on assiste au triomphe de l’arbitraire, à l’hybridation monstrueuse qui est comme un déni opposé à la célébration vincienne de la perfection des proportions humaines, un refus de la perspective au profit « d’une surface où les figures composites s’équilibrent dans l’apesanteur » [6]. L’art de la grotesque manifeste ainsi, à travers ses chimères, les songes de l’artiste, placés sous le signe de la profusion, de l’exubérance et de la copia.


Uffizi, Florence

"Le domaine des grottesques, insiste André Chastel, est donc assez exactement l’antithèse de celui de la représentation, dont les normes étaient définies par la vision “perspective” de l’espace et la distinction, la caractérisation des types" [7]

Comme le remarque Philippe Morel, renchérissant ici sur hastel : "Quoiqu’antiquisantes dans leur inspiration, les grotesques sont profondément anticlassiques, non pas simplement parce qu’elles sont condamnées par le classicisme de Vitruve et d’Horace, mais parce qu’elles développent, à la Renaissance, une conception de la peinture contraire à certains principes de la rhétorique [comme la composition] [...]. Nous nous retrouvons en face non pas d’une ignorance primitive des règles de l’illusion, mais mais d’une volonté déterminée d’en prendre le contrepied" [8]

Antonio Tempesta
Ornements de grotesques
estampe, 30 x 23 cm

Ce sont ces expériences qui rendent le maniérisme à bien des égards si moderne à nos yeux, du fait des interrogations qu’il fait porter sur le système même de la représentation. [9]

Étienne Delaune
Décor de grotesques avec Diane
gravure

Notes
[1] Giorgio Vasari, De la peinture, "Introduction technique", chapitre XIV, vers 1550
[2] « Par je ne sais quel caprice, écrivait l’architecte romain au chapitre 5 du livre VII du De Architectura, on ne suit plus cette règle que les anciens s’étaient prescrite, de prendre toujours pour modèle de leurs peintures les choses comme elles sont dans la vérité ; car on ne peint à présent sur les murs que des monstres, au lieu des images véritables et régulières. On remplace les colonnes par des roseaux qui soutiennent des enroulements de tiges, des plantes cannelées avec leurs feuillages refendus et tournés en manière de volutes ; on fait des chandeliers qui portent de petits châteaux, desquels, comme si c’étaient des racines, il s’élève quantité de branches délicates, sur lesquelles des figures sont assises ; en d’autres endroits ces branches aboutissent à des fleurs dont on fait sortir des demi-figures, les unes avec des visages d’hommes, les autres avec des têtes d’animaux ; toutes choses qui ne sont point, qui ne peuvent être, et qui n’ont jamais existé »
[3] "Si un peintre s’avisait de mettre une tête humaine sur un cou de cheval, et d’y attacher des membres de toutes les espèces, qui seroient revêtus des plumes de toutes sortes d’oiseaux ; de manière que le haut de la figure représentât une belle femme, et l’autre extrémité un poisson hideux ; je vous le demande, Pisons, pourriez-vous vous empêcher de rire à la vue d’un pareil tableau ? C’est précisément l’image d’un livre qui ne serait rempli que d’idées vagues, sans dessein, comme les délires d’un malade, où ni les pieds, ni la tête, ni aucune des parties n’irait à former un tout. Les peintres direz-vous et les Poètes, ont toujours eu la permission de tout oser. Nous le savons : c’est un droit que nous nous demandons et que nous nous accordons mutuellement. Mais c’est à condition qu’on n’abusera point de ce droit, pour allier ensemble les contraires, et qu’on n’accouplera point les serpents avec les oiseaux, ni les agneaux avec les tigres.", début de l’épître aux Pisons, traduction Batteux, disponible sur la Wikisource
[4] André Chastel, La grottesque. Essai sur l’“ornement sans nom”, Paris, Le Promeneur, 1988, p. 25 ; cité par Philippe Morel, Les Grotesques. Figures de l’imaginaire dans la peinture italienne de la fin de la Renaissance, Champs-Flammarion, 1997, p. 87
[5] Philippe Morel, op. cit., p. 26
[6] Daniel Arasse, La Renaissance maniériste, p. 45
[7] André Chastel op. cit.
[8] Philippe Morel, op. cit., p. 88.
[9] Comme les peintures de Lascaux, les fresques de la Maison dorée ne résistèrent pas longtemps à l’afflux d’air et d’humidité qui suivit l’ouverture du champ de fouille.

Alessandro del Barbière

Sur la ligne
Catherine Auguste, Des grottesques aux grotesques, Meublepeint
Franz Fenris, Les grotesques, Meublepeint
Jacques Darriulat, L’écriture des grotesques, conférence pour le Collège International de Philosophie, 12 janvier 2006

26.11.12

The Child Catcher


Welcome to Vulgaria!
Chitty Chitty Bang Bang (UK 1968) is a musical film loosely based on Ian Fleming's children's book Chitty-Chitty-Bang-Bang: The Magical Car. Fleming wrote the book for his son Caspar. Fleming was inspired by an aero-engined racing car built by Count Louis Zborowski in the early 1920s. The car in the 1968 film was built by Ford. It has a three-liter V6 engine, a dashboard plate from a British World War I fighter plane, a hood crafted from polished aluminum, and a boat deck is hand-crafted from cedar.

Chitty is a hybrid creation

Plot. Set in the 1910s, the story opens with a Grand Prix race, in which one of the cars swerves to avoid a dog, loses control, crashes, and catches fire, bringing its racing career to an end. The car ends up in an old garage, where two children, Jeremy and Jemima Potts, have grown fond of it, but are told by a junkman that he intends to buy the car for scrap; to crush it then melt it down to a liquid and have the metal to sell. The two children, who live with their widowed father Caractacus Potts, an eccentric inventor and his equally peculiar parent, implore him to buy the car before the junkman does, but he is unable to, not having the money. While skipping school, they meet Truly Scrumptious, a beautiful upper-class woman with her own motorcar, who brings them home to report their truancy to their father. Truly shows interest in Caractacus' odd inventions, but he is affronted by her attempts to tell him that his children should be in school.

One night, while going over his bizarre inventions, many of which seem to be similar in function and form to modern appliances, such as vacuum cleaners and televisions, Caractacus discovers that one of the sweets he has invented can be played like a flute. He tries to sell the "Toot Sweet" to Truly's father Lord Scrumptious, a major confection manufacturer, but when the factory is overrun by dogs responding to the whistle, he is thrown out. Then he takes his automatic hair-cutting machine to a carnival to raise money, but it goes haywire. He eludes the wrath from his first (and only) customer named Cyril by joining a song-and-dance act, stealing the show and earning enough tips to pay for the car. Potts rebuilds the car, which he nicknames Chitty Chitty Bang Bang for the noises its engine makes, and he and the children, accompanied by Truly, go for a picnic on the beach, where Truly becomes very fond of the Potts family and vice versa. Caractacus tells them a story about nasty Baron Bomburst, the tyrant ruler of fictional Vulgaria, who wants to steal Chitty Chitty Bang Bang and keep it all for himself.

Three in one: car, boat, and plane

In the story, the quartet and the car are stranded by high tide, but Chitty suddenly deploys huge flotation devices and they escape inland. The Baron sends two comical spies ashore to capture the car for him, but they briefly capture Lord Scrumptious by accident, and then kidnap Grandpa Potts, mistaking him for the inventor of Chitty. Caractacus, Truly, and the children see him being taken away by airship, and give chase. When they accidentally drive off a cliff, Chitty sprouts wings and propellers and begins to fly. They follow the airship to Vulgaria, where the Baroness Bomburst has ordered the imprisonment of all children, whom she abhors. Grandpa the "inventor" has been ordered by the baron to make another floating car, and is bluffing to avoid being tortured. The Potts party is hidden by the local toymaker, who now works only for the baron.


"There are children here somewhere. I can smell them." ... "I can feel them in my bones." ... "The Baroness will have your teeth for a necklace, and your eyes for earrings." ... "I don't trust a man who makes toys in a land where children are forbidden."

Chitty is discovered and taken to the castle. But while Caractacus and the toymaker go in search of Grandpa and Truly goes in search of food, the children are captured by the Baron's Child Catcher.


"All free today."

The toymaker takes Truly and Caractacus to a grotto far beneath the castle where the townspeople have been hiding their children, and they concoct a scheme to free the children and the village from the baron. The toymaker sneaks them into the castle disguised as life-size dolls, gifts for the baron's birthday. Caractacus snares the Baron and the town's children swarm into the banquet hall overcoming the baron's palace guards and guests. In the ensuing chaos, the baron, baroness, and Child Catcher are all captured. The family is freed and fly back with Truly to England. Jeremy and Jemima finish the story themselves: "And Daddy and Truly were married!" which Truly seems to find appealing, but Caractacus is evasive, believing that the class distance between them is too great. When they arrive home, Caractacus is surprised to find his father and Lord Scrumptious (who it turns out are old army friends) playing a lively game of soldiers. Scrumptious surprises him further with an offer to buy the Toot Sweet as a canine confection and, realising that he is soon to become wealthy, rushes off to propose to Truly. As they drive off together in Chitty, the car takes to the air again, this time without wings.

Robert Helpmann as Child Catcher: gaily adorned yet very creepy.

Awareness

"The feelings of desperation and unhappiness are more useful to an artist than the feeling of contentment, because desperation and unhappiness stretch your whole sensibility." -Francis Bacon (1909-1992).


The "Come along, kiddie-winkies!" effect in the 21st century: Feeding the birds in Vulgaria

Epilogue


Mariano Akerman, Flying Being, digital image, 2006. After Samuel Bak, Fugue, oil, 1972.

25.11.12

Resourceful Jahsonic


Among the chief contributors of the Imaginary, Jahsonic (Jan Geerinck) is undoubtedly one of the most resourceful and finest online. Here you will find some extraordinary pearls from his astonishingly rich and stimulating collections.


Robert Swain Gifford, Roc´s Egg, 1868

To built up the collections, Jahsonic keeps in mind Walter Benjamin's method of literary montage, which is associated with another useful notion, inasmuch as "The rhizome allows for multiple, non-hierarchical entry and exit points in data representation and interpretation" (Gilles Deleuze and Félix Guattari, Capitalisme et Schizofrénie, 1980, vol. 2: "Mille Plateaux").


Jan Willem Geerinck (Belgium, 1965-) is the author of De geschiedenis van de erotiek: van holbewoner tot Markis de Sade (The History of Erotica, from Cavemen to Marquis de Sade), Van Halewyck, 2011. Reproduced on the right, the biggest image is A Witch Riding on a Phallus, a 1732 etching after a now-lost 1530s design by Francesco Mazzola, better-known as Il Parmigianino (1503-1540).

The perceived contradiction between high and low culture is Jahsonic's recurring theme, who believes that both high culture and low culture are minority tastes and as such can be described as subcultures which influence mainstream culture. Importantly, "both high and low culture have produced masterpieces and works of mediocrity" (Jahsonic, 2006).


After Parmigianino, The Witches' Sabbat, c. 1530. "Which follows which?," you ask? Let's answer: While witch follows witch, the artistic Phallus detatus becomes a common Phallus domesticus.

Exploring boundaries, bridges and intersections


Greek sculpture: Soter Kosmoi, bronze bust. Phallic worship idol (Otto Augustus, Wall’s Sex and Sex Worship, fig. 157: "The god Priapus as a cock, from a Greek temple"). Vatican Museum


Gothic sculpture, Gastrocephalic creature, Chartres cathedral


Michael Pacher, St Wolfgang and the Devil, oil on panel, c. 1483. Alte Pinakothek, Munich


Hieronymus Bosch, Hell detail from The Garden of Earthly Delights triptych, 1500. Museo del Prado, Madrid


Cornelis Bos, Grotesque, 1546. Netherlandish engraving, 243 x 179 cm. Rijksmuseum, Amsterdam


Lucas Cranach, "Wider das Papsttum zu Rom, vom Teufel" (Against the Papacy at Rome, Founded by the Devil), antipapal pamphlet by Martin Luther, 1545


Joos de Momper, Anthropomorphic Landscape, oil, early 17th century


Wenceslaus Hollar, "The Belly and the Members," The Fables of Aesop (by John Ogilby), print 47, 1673-75


Katsukawa Shunsho (1726-92), "Sakuzozu" (Phallus-Monk), Japanese print from the Hayaku Bobo Gatari series


Kunisada or Toyokumi, The Hell of Great Heat, Japanese print, 1785. Center shows female genitalia devouring a former lover.


Eugène le Poitevin, Les Diableries Érotiques: Eros riding Phallus, France, 1830s


Ibid., Lizard-Phallus


John Ruskin, "Noble and Ignoble Grotesque," interpretative comparison 19th century


Odilon Redon, The Shapeless Polyp Floated along the Bank, a Sort of Hideous, Smiling Cyclops, charcoal, 1883


Cabaret de L'Enfer, Paris, 1910. Photo by Eugène Atget. Entrance recalls the Mouth of Hell in Western iconography, while facade ornaments are intended to look as those in European artificial grottoes. However, the hungry oriental face is no doubt inspired in Asian imagery.


Choi Xoo Ang (Korean, 1975- ), Flying Hands, sculpture


Paul Rumsey, Two Bodyheads, 2003

Resources
A Vocabulary of Culture, 1996-2007. "A website exploring the boundaries, bridges and intersections of culture. The term vocabulary in the title of the website refers to all words on all of the pages (they function as a controlled vocabulary or a taxonomy); but more particularly to a vocabulary which is dear to me: the vocabulary of the non-mainstream. The title itself is inspired by Raymond Williams's 1976 Keywords: A Vocabulary of Culture and Society, in which he explores the sometimes hidden meanings of words and terms in the discourse on culture." The site is a testament to the value of serendipity: finding something unexpected and useful while searching for something else entirely.
Blog, 2006-9
Art and Popular Culture, 2007-14
Microblog, 2012


Karel Thole (1914-2000), Illustration of the German pulp fiction novel "Das Monster"

Recommended
Living in the Margins
Images of Witches
Circumcision of Jesus including the Commons Image Collection

17.11.12

Grotesco Online



Louis-Léop​old Boilly (1761-1845​), Reunión de 35 cabezas expresivas (Reunión de trente-cinq têtes d'expression), 1825. MUba Eugène Leroy, Musée des Beaux-Arts​, Tourcoing

EXPOSICIÓN

Málaga, Museo Picasso, El factor grotesco, 2012-13.

¿Qué es lo grotesco en el arte? Es lo que quien vista el Museo Picasso de Málaga se pregunta ante la exposición temporal compuesta por 270 obras de 74 artistas entre los que figuran Leonardo da Vinci, Francisco Goya, James Ensor y Paul Klee. La muestra, afirma José Lebrero, "remite a cuestiones globales o universales como la piedad, la risa, el llanto, la ternura, el espanto, el rechazo o el abrazo ante lo que somos."
Para responder a la pregunta de qué es lo grotesco, la exposición "pretende enseñar y volver visibles algunos argumentos que hasta ahora no se habían visto, dando voz estética a autores y obras que hasta ahora no la tenían". Además, "por primera vez se yuxtaponen y relacionan obras específicas de artistas diversos que, según ciertas interpretaciones canónicas, son aparentemente inasociables".
Así, están Leonardo da Vinci con George Grosz, Paul Klee con Francis Bacon, René Magritte con Louise Bourgeois, y Roy Lichtenstein con Pablo Picasso.
Según Lebrero se trata de una "sintética historia de Europa con casos ejemplares", centrada en la última mitad del milenio anterior, desde que en Roma se descubría la Domus Aurea, con los recintos de Nerón hasta entonces cerrados, y que inspiraron a Rafael en sus decoraciones de las estancias vaticanas.
La exposición se organiza a partir de cuatro espacios. El primero evoca la grotta, la gruta artificial de donde proviene el término grotesco, abarcando desde la Domus Aurea hasta los Caprichos y Disparates de Goya. El segundo espacio está dedicado a las artes gráficas del siglo XVIII inglés y el XIX francés. El tercer apartado está dedicado a las vanguardias e incluye obras del simbolismo, dadá y surrealismo, Pablo Picasso, Francis Bacon y Philip Guston. El cuarto espacio permite comprobar que en el arte contemporáneo lo grotesco se mantiene siempre vigente y parece gozar de una gran salud.


Xilografía con ser de raza monstruosa que habitaba en África e India (Hartmann Schedel, Liber chronicaru​m, 1493).

José Lebrero mantiene que lo grotesco va más allá del arte de la exageración. Su concepto expositivo reúne tres versiones de un mismo género. La más antigua tiene su origen en los finales del siglo XV y consiste en mostrar formas imaginarias y divertidas con elementos vegetales y seres imaginarios, tal como se daban en los aposentos de Nerón en la Domus Aurea. Vienen después las máscaras del carnaval,el travestismo y la confusión entre la verdad y la mentira que utilizaron desde Bruegel el Viejo hasta los simbolistas o los surrealistas. En el siglo XX, la crítica social y moral se muestra despiadada con el sujeto retratado.

Leonardo da Vinci, Dos perfiles grotescos enfrentados, pluma, 1485-90
Royal Collection, Windsor

Enea Vico interpretado por Tomaso Barlacchi, Panel ornamental grutesco, grabado, 1541. British Museum, Londres

Juan Sánchez Cotán, Brígida del Río, la Barbuda de Peñaranda, óleo, 1590
Prado, Madrid

James Ensor, Máscaras contemplando una tortuga, óleo, 1894

Francis Bacon, Estudio para un retrato (Papa), 1957

LIBROS

Kayser, Wolfgang. Lo grotesco: su realización en pintura y literatura. El título original del libro de Kayser es Das Grotesk: seine Gestaltungen im Malerei und Dichtung (1957). Una traducción correcta del término alemán Gestaltungen es "configuraciones." En efecto: Kayser se ocupa de un número considerable de manifestaciones o expresiones de lo Grotesco, es decir, de sus configuraciones en el arte y la literatura. Ante lo Grotesco, explica Kayser, "El terror nos asalta con rigor precisamente porque se trata de nuestro propio mundo, de manera que la confianza que depositábamos en él no resulta ser más que una apariencia. Simultáneamente tenemos la sensación de que no podríamos vivir en ese mundo de repente transformado. No se corresponde con lo grotesco el miedo a la muerte, sino el pánico ante la vida. Y a la estructura de lo grotesco pertenece la abolición de todas las categorías en que fundamos nuestra orientación en el mundo. Desde la ornamentación renacentista hemos asistido a la plasmación de procesos perdurables de disolución: la mezcla de ámbitos y reinos bien distinguidos por nuestra percepción, la supresión de lo estático, la pérdida de identidad, la distorsión de las proporciones «naturales», etc. Y en la actualidad se han sumado a aquellas otros procesos más de disolución: la anulación de la categoría de cosa, la destrucción del concepto de personalidad, el derribo de nuestro concepto de tiempo histórico."

Bajtin, Mijail. La cultura popular en la Edad Media y en el Renacimiento: el contexto de Francois Rabelais, México: Alianza Editorial, 1987.


Otto Dix, Bebé recién nacido, óleo, 1927

INVESTIGACIÓN

Lara, Jessica Huerta. Las estrategias estéticas de lo grotesco aplicadas aldiseño, tesis para maestría, Xochimilco: Universidad Autónoma Metropolitana, 2007.

RECURSOS ADICIONALES

Thomas Wright, Histoire de la caricature et du grotesque dans la littérature et dans l'art, París: A. Delahays, 1875 [+]

Grotesque, Dictionnaire critique de la Nouvelle Langue Française, 8.7.2008

Antiochus, L'art grotesque, 22.4.2012

Philippe Morel, Les grotesques: les figures de l'imaginaire dans la peinture italienne de la fin de la Renaissance, Flammarion, 2001. "Le mot grotesque devient au XVIIe siècle un qualificatif essentiellement négatif, synonyme de bizarre, de ridicule ou d'extravagant. Mais il fut d'abord employé dès le début du siècle précédent pour désigner des peintures murales largement inspirées des fresques et des reliefs antiques, auxquels s'ajoutaient parfois des réminiscences des marginalia gothiques. Ce genre décoratif connut un immense succès tout au long du XVIe siècle, d'abord en Italie, puis un peu partout en Europe, en s'étendant à la sculpture, à la gravure et à bien d'autres techniques.
Partant de motifs et de schémas essentiellement antiquisants, le langage des grotesques s'est progressivement détaché de cette référence figurative en s'inspirant de diverses matrices culturelles contemporaines. C'est donc l'analyse de ces voisinages déterminants et de ces relations constitutives qui permet de rendre compte du fonctionnement multiple de ce langage apparemment incohérent, et d'en dégager la spécificité historique et la densi té culturelle : le rapport à la tradition hiéroglyphique, au collectionnisme éclectique et à l'esthétique de l'abondance, la littérature burlesque, la logique épistémique des hybrides ou la construction rhétorique et paradoxale des compositions apportent autant d'éclairages décisifs sur les nombreux décors pris en considération.
Les grotesques apparaissent de la sorte comme une expression tout à fait emblématique de la culture maniériste et c'est à ce titre qu'elles sont devenues la cible privilégiée des critiques post-tridentines."

Elisheva Rosen, Grotesque, modernité, Romantisme, Vol. 21, N° 74, 1991, pp. 23-28.

Cécile Brochard, Le grotesque moderne, Acta, 7.2.2011

Odile Benyahia-Kouider, L'art du grotesque, Libération, 22.4.2003

Éric Valentin, Claes Oldenburg, Coosje van Bruggen: le grotesque contre le sacré, Gallimard, 1991. "Avec leurs objets surdimensionnés, Claes Oldenburg et Coosje van Brugenn dressent les figures sidérantes d'un monde hors de ses gonds, lié à une inversion et à une confusion des valeurs et se livrent à une critique de la technocratie et du mercantilisme. [...] Les antimonuments burlesques, néodadaïstes et corrosifs de Claes Oldenburg et de Coosje van Bruggen exploitent les vertus curatives du comique, contre la sanctification de la raison, de l'ordre et de la morale qui s'est imposée dans l'histoire de l'art abstrait, l'architecture moderniste et l'art des ingénieurs."


Claes Oldenburg y Coosje van Bruggen, Helado caído (Dropped Cone), 2001. Neumarkt Galerie, Colonia, Alemania

Jae-Geol Lee, Le grotesque dans l'art contemporain, sinópsis de tesis, París: Sorbonne, Centre André Chastel, iniciada en 2005.

13.11.12

Zdzisław Beksiński



Zdzisław Beksiński, Untitled, 1984
acrylic on beaver board, 98.5 × 101 cm
Piotr Dmochowski Gallery, Poland

Resources
Zdzisław Beksiński
Dmochowski Gallery
Dark Art
Twilight
Surrealistisch
Wikipedia
Coilhouse
Viajes con mi tía
El nostromo peregrino
Opresivo

12.11.12

True Monsters


Two excerpts, quoted both from Joe Davies, "Monsters, Maps, Signals and Codes," Biomediale: Contemporary Society and Genomic Culture, ed. Dmitry Bulatov, Kaliningrad: The National Centre for Contemporary Art and The National Publishing House, 2004.

Transanimation in the History of Art. Accounts of divinely assisted or magically conjured interconversion or "transanimation" of all forms of animate and inanimate matter are important elements in Greco-Roman mythology and Judeo-Christian traditions. Both figure prominantly in the archives of human facination with the qualities of function and vitality that distinguish life and death.
The Greeks and Romans had Midas, Medusa, Arachne, Srynx, Daphne, and scores of other characters morphing or, "transanimating" back and forth from flesh and blood into gold, stone, river reeds, spiders, trees and many other exotic forms.

Aliens and Monsters. Perhaps the most profound example of "transanimation" is the serious scientific search for extraterrestrial intelligence because we hope that by merely asking a question, we can bring the whole universe to life. Here [...] human imagination has been moved to repeat earlier themes. Popular hysteria about alien abductions are replete with sexual complications. There is both fear and anticipation.
An intriquing aspect of the transanimation stories is that they are almost always about horrible monsters that have romantic or sexual interactions with human beings. Yet, just as classical monstrosities all correspond to what we now understand to be examples of clinical pathology, it turns out that even our own modern monsters are inevitably, versions of ourselves. Perhaps this might help to explain why Star Trek's "Captain Kirk" had romantic liasons wth several non human species.
Composite, part human/part animal figures of the ancient Egyptian pantheon, the minotuar of Crete and the centuars of Greece and Rome all seem to have anticipated the spectre of inter-species monstrosity that haunts the anti-genetics lobby and activists concerned with genetically modified food. Yet, these chimeric "monsters" too have long existed in many, perhaps, unsuspected forms. Homo sapiens share many essential genes with the rest of terrestrial biology. We human beings, no matter how unique and gifted we imagine ourselves to be, have an approximate 70% genetic homology with tomatoes. Homo sapiens' genetic homology with chimpanzees and the great apes is closer to 99%.
It is somehow easy to overlook the fact that aliens and monsters have already completely overrun the planet. They are are numerous, ubiquitous and incognito and most of them have something to do with food.
Human beings have, since the beginning of agriculture, imparted their genetic preferences into the genomes of many different species. Essentailly all species related to agriculture have been genetically manipulated. Let's again take the tomato as an example, one that has been obtained say, at an "organic," "natural foods" grocery store. It has never been directly treated with chemical pesticides or fertilizers. Yet even this purest of tomatoes is a "monster" by dictionary definition (cite definition here?). Tomatoes as we know them have many more copies of their chromosomes than their raisin-sized ancestor's normal compliment. The extra DNA in today's tomatoes means that many genes are translated over and over again which has had the effect of giantizing the original fruit. So, once upon a time, we made giant tomatoes. It makes little difference whether or not this modification of tomatoes was carried out with conventional horticultural techniques, use of mutagenic agents, or the recombinant techniques of molecular biology. The result is the same. Tomatoes are "monsters." Most people just don't know.
Even a rose is a Frankenstein in a sense, because it is comprised of pieces and parts of the genomic makeup of many other subspecies of roses. The same is true for essentially all ornamental plants and many other non-food organisms modified by Homo sapiens for their aesthetically pleasing qualities or by-products.

George Gessert
Hybrid 703. Pacific Iris
orchid, 1992
Image courtesy of Wet Art Gallery

Over time, Human beings have not only been the creators of monstrosity, they have become the phages and/or consumers of the monstrosities they created. In so doing, they have indirectly modified themselves. If modern Homo sapiens had to survive on the ancestors of species that make up its current food supply, genetic "retrofits" would be called for. We would have to resupply ourselves with the phenotypes of earlier homonids simply to manage the collection and digestion of those materials.
It seems that not only have we been confused about who the monsters are, we expect everybody else (aliens) to be just as confused as we are.

[If "Nature copies Art" (Oscar Wilde),
the Look at You! syndrom will come as no surprise].

For a further discussion
Valery Podoroga: René Descartes and Ars chimaera
Sven Druehl: Chimaera Phylogeny
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